Une revue de presse fructueuse: les clameurs du Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat (pas de fausse modestie, voici l'appellation complète !) sont parvenues jusqu'à notre lointaine capitale. Merci au Parisien.

Article du Parisien du 28 juillet 2017

"Théâtre à la belle étoile à Sarlat-la-Canéda

Ici, au coeur du Périgord, les trois coups sont frappés sous les cieux, et Racine s'offre en plein air. Un festival ancien qui favorise les échanges avec le public.
La scène est dressée au coin de l'ancien cloître de l'abbaye Sainte-Claire transformée en habitations. Une fillette observe de la fenêtre du premier étage. Un chat occupe celle d'à côté, tout aussi intrigué par ce qui se déroule en contrebas. La comédienne Anne Delbée fascine avec son éblouissant «Racine ou la Leçon de Phèdre». Avec pour seul décor de vieilles pierres chargées d'histoire, elle raconte, explique, joue avec une intensité rare les mots et la vie du poète, auteur d'«Andromaque» et de «Bérénice». Les mains posées sur l'un des piliers, elle semble s'y ressourcer dans un silence. Au loin, les cloches sonnent. Des martinets passent en chantant... «La beauté du lieu m'a frappée, dira-t-elle le lendemain matin lors de la traditionnelle rencontre avec le public. Pour moi, c'est devenu l'abbaye de Port-Royal», ce lieu où Racine s'est construit et dont elle fait souvent mention. «J'ai accroché les cieux», soufflera encore celle qui jouait pour la première fois son spectacle en plein air.  

Un festival au contact des vieilles pierres

Au coeur du Périgord noir, entre grottes préhistoriques, maisons troglodytes et châteaux, Sarlat la flamboyante, ses pierres blondes et ses toits de lauze, redevient chaque été trois semaines durant ce théâtre à ciel ouvert tant apprécié des comédiens et des spectateurs. Ici, on joue depuis 1952 à la belle étoile, au contact des vieilles pierres de la cité médiévale qui regorge de monuments classés. Le 66  Festival des jeux du théâtre s'y poursuit jusqu'au 5 août. A raison d'un spectacle différent chaque soir dans l'un des quatre lieux, 18 au total, on est bien loin de la frénésie de la cité des Papes avec ses 1 500 spectacles. «Avignon, c'est la Formule 1 ; Sarlat, disons le Solex du théâtre», lance le moustachu Jean-Paul Tribout, éternel Pujol des «Brigades du Tigre». «J'ai demandé un jour à des habituées, férues de théâtre, pourquoi Sarlat et pas Avignon. Elles m'ont répondu qu'ici le choix était déjà fait», poursuit le programmateur du festival résolument à taille humaine. A l'image de sa billetterie, située devant la fontaine Sainte-Marie, à deux pas de la place de la Liberté, berceau du festival. On y fonctionne à la main. Au mur, chaque spectacle a son panneau avec le plan détaillé des gradins garni de gommettes numérotées. L10, L11, L12... «Ce sont les sièges disponibles, vous choisissez votre place et on colle la gommette dessus, explique Francis, l'administrateur du festival. Ce n'est pas informatisé, mais ça fonctionne.»   

L'hôtel Plamon est attenant, c'est dans l'édifice médiéval que chaque matin à 11 heures, spectateurs et artistes échangent sur le spectacle de la veille. Ils sont à chaque fois une centaine de passionnés à débattre, critiquer ou encenser comédiens et metteurs en scène. L'une des spécificités de Sarlat qu'affectionne particulièrement Benjamin, 23 ans. « C'est ce qui fait la différence, estime-t-il. On s'enrichit, autant le soir que lors des rencontres », explique cet étudiant qui vient chaque année en famille depuis onze ans prendre son «bain de théâtre». Cette année il le fait découvrir à Emmanuelle, sa petite amie québécoise. Ils seront de tous les spectacles."